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tous, et chacun avait ses habitudes, sans doute à cause des cadenas qu'ils connaissaient bien à force. Imaginez un instant : le vendredi soir, fébrilement, en montant de Marseille, vous vous arrêtez à l'Estaque pour acheter cinq ou six douzaines de « piades » que vous aviez préalablement fait réserver, arrivé à la Madrague vous déposiez presque amoureusement dans le vivier les piades achetés en ayant déjà à l'esprit les poissons que vous alliez ramener... Puis le lendemain matin, généralement avec un ami ou deux, vers cinq heures et demi ou six heures, vous descendiez à la calanque. Tout était prêt, « banaste », palangrottes , hameçons, mouillage du bateau, déjeuner (pain, saucisson, vin rosé) vous vous approchiez du vivier et avec la clé vous ouvriez le cadenas, et là stupéfaction : il ne restait plus que cinq ou six piades, les autres envolées, disparues... Adieu, pêche, déjeuner, poissons! La colère passée, cela ne nous empêchait pas vers midi de boire le pastis avec celui dont on dirait dans un jury d'assise, que vous aviez l'intime conviction qu'il était « l'escanneur ». J'ai une pensée émue pour tous ces « escanneurs de piades», aujourd'hui disparus, que je connaissais et que tout le monde connaissait, et si aujourd'hui il en reste un ou deux qui lisent ces quelques lignes qu'ils sachent qu'ils sont pardonnés !
Petit lexique : Piade : bernard-l'ermite
Banaste: Grand panier. Sens figuré : gros et grand avec exagération. Escanner : Etouffer, épuiser
Maurice BORSA
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